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Portraits

Le Bien Public - 28 janvier 2009


Bernard Lecomte :
« La réalité est plus intéressante que la fiction »


L'écrivain bourguignon Bernard Lecomte vient de sortir un livre-événement : Les secrets du Vatican. Son travail d'investigation met à mal bien des légendes.

Régulièrement présenté comme le "biographe officiel" de Jean-Paul II, Bernard Lecomte ne cherche pas à se défaire de cette étiquette. Bien au contraire :
"J'ai eu la chance d'avoir pu consacrer quatre ans de ma vie à un personnage exceptionnel en tous points. Si les médias ne retiennent uniquement de moi que je suis le biographe de Jean-Paul II, ça me va !", lance-t-il. Journaliste à ses débuts, dans les années 80, Bernard Lecomte fait des affaires européennes son terrain de prédilection. Se spécialisant sur la Russie et la Pologne, il assiste à l'élection papale de Karol Wojtyla. "Si Jean-Paul II n'avait pas été polonais, je ne me serais jamais intéressé au Vatican", glisse-t-il.
L'écriture d'un livre sur le Vatican apparaît comme une suite logique pour l'écrivain et éditeur bourguignon. La couverture du livre donne le ton. Sur une photo, une porte massive s'ouvre dans l'ombre, d'où sort la manche d'un mystérieux ecclésiastique. Dans le sommaire de l'ouvrage figurent pas moins de dix-sept sujets, parmi lesquels des "affaires" qui ont fait couler beaucoup d'encre. De la fondation de la cité du Vatican par Mussolini à l'élection surprise de Joseph Ratzinger, Bernard Lecomte décrypte des événements dont l'onde de choc a dépassé de beaucoup les murs de la place Saint-Pierre.

"UN VRAI ROMAN POLICIER"


"Dans ce livre, je raconte des histoires sans tomber dans une dérision propre à de nombreux médias. Je relate des faits avec un esprit critique, du recul, mais également avec du respect",
explique l'écrivain. Dans les premières pages, Bernard Lecomte évoque le pape Pie XI, qui "tente de berner les bolcheviks" au terme de la révolution russe. "C'est plus qu'une histoire extraordinaire, c'est un véritable roman policier !", lance le Bourguignon. "Il ne faut pas oublier que le Vatican est composé d'hommes, de personnes comme vous et moi. Certains peuvent être brillants, exceptionnels, d'autres peuvent être lâches ou suffisants", ajoute-t-il. Quant à la dimension du secret, qui a fait naître tant de mythes, Bernard Lecomte juge que "c'est la même chose au Kremlin, à la Maison Blanche ou à l'Élysée".
Est-il risqué d'enquêter dans les couloirs du Vatican ? L'écrivain indique qu'il n'a fait l'objet d'aucune pression lors de ses investigations. Il a, au contraire, multiplié les prises de contact, recueillant de précieuses informations et autres confidences.
"La réalité, au Vatican, est plus intéressante que la fiction. J'ai appris énormément de choses en explorant certaines histoires. La mort de Jean-Paul Ier, après un mois de pontificat, a été la source de bien des théories, uniquement parce qu'aucune autopsie n'a été ordonnée suite au décès. Il n'a sûrement pas été empoisonné, comme on l'a notamment suggéré. Juste après son élection, il a senti qu'il n'était pas au niveau de la charge papale. Son entourage a indiqué qu'il voulait que Dieu le rappelle. Ce que beaucoup ignoraient, c'est qu'il était en mauvaise santé, qu'il avait été opéré quatre fois, et qu'il prenait un traitement anticoagulant. J'ai repris la thèse de John Cornwell, un journaliste britannique, selon lequel le pape a cessé de prendre ses pilules, remettant ainsi son destin dans les mains de Dieu", raconte Bernard Lecomte. "Ce drame, ce mal-être, tout ce qui a pu se passer dans la tête de ce pape, cela vaut bien tous les fantasmes, comme celui où l'on prétendait que Jean-Paul Ier avait été supprimé car il voulait chasser les francs-maçons du Vatican", poursuit-il.

"FASCINE" PAR LE LINCEUL DE TURIN

Autre dossier controversé, celui du linceul de Turin.
"Je suis parti avec scepticisme sur cette histoire. Plus j'ai creusé, plus j'ai été fasciné. Les scientifiques sont eux-mêmes de plus en plus convaincus qu'il s'agit du linceul dans lequel a reposé le Christ après sa mort. Fait étonnant, dans le même temps, l'Église se montre très prudente, voire circonspecte. Jean-Paul II a illustré de la plus belle des manières que l'authenticité du suaire était secondaire", raconte Bernard Lecomte. Lors d'une visite à Turin, il est entré dans la cathédrale, il a commencé par s'agenouiller devant le tabernacle pour adorer, avant de se diriger vers le suaire pour méditer.
Au final, quel regard porte l'écrivain bourguignon sur le Vatican ?
"La curie romaine a une mauvaise politique de communication, basée sur le jargon et le secret. Je crois que l'Église devrait réformer son vocabulaire, pour être plus compréhensible. Après avoir écrit ce livre, j'ai le sentiment de ne pas avoir été complètement inutile. Je préfère avoir écrit un ouvrage historique et sérieux qu'un roman comme le Da Vinci code qui surfe sur tous les fantasmes que l'on prête au Vatican !"

N.R.



Mis à jour au 21 avril 2017

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